Le mot de la semaine

« Regardez-y de près, et vous verrez que le mot liberté est un mot vide de sens ; qu'il n'y a point, et qu'il ne peut y avoir d'êtres libres ; nous ne sommes que ce qui convient à l'ordre général, à l'organisation, à l'éducation et à la chaîne des événements. Voilà ce qui dispose de nous invinciblement [...]. Ce qui nous trompe, c'est la prodigieuse variété de nos actions, jointe à l'habitude que nous avons prise tout en naissant de confondre le volontaire avec le libre. »

Diderot
, Lettre à Landois, 29 juin 1756
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Le pessimisme radical d'Arthur Schopenhauer.


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Si le pessimisme devait s'incarner sous un visage
humain, il est presque certain qu'il choisirait celui d'Arthur Schopenhauer. Nul philosophe moderne, me semble-t-il, n'a développé une pensée aussi radicalement pessimiste. Qu'entends-je par pessimisme ? Jugez par vous-même : Dans le livre quatre de son grand ouvrage, Le monde comme Volonté et comme représentation, Schopenhauer affirme que la souffrance est le fond de toute vie, mais que la vie humaine est plus douloureuse encore que toutes les autres ; la condition humaine étant d'osciller sans cesse du désir qui est manque, à l'ennui de la satiété (Paragraphes 55 et 56 pour les curieux). De même, entre le malheur et le bonheur pas de symétrie possible ; le bonheur est préconscient : l'on n'en prend conscience qu'a posteriori, quand il n'est plus. Le malheur, quant à lui, fait aussitôt sentir sa main de fer. Logique identique concernant la douleur et le plaisir, lequel, selon Schopenhauer, engendre bien vite l'ennui s'il s'avise de durer.

Le raisonnement de Leibniz voulant que nous évoluions dans le meilleur des mondes possibles est ici durement renversé : un monde pire que le monde réel eût été impossible car il n'aurait pas tenu.

Mais nous ne saurions rendre fidèlement compte de la force négative de cette pensée sans laisser la parole au philosophe lui-même :

" Vraiment, on a peine à croire à quel point est insignifiante, vide de sens aux yeux du spectateur étranger, à quel point stupide et irréfléchie de la part de l'acteur lui-même, l'existence que coulent la plupart des Hommes ; une attente sotte, des souffrances ineptes, une marche titubante à travers les quatre âges de la vie, jusqu'à ce terme, la mort, en compagnie d'une procession d'idées triviales. Voilà les Hommes : des horloges ; une fois monté, cela marche sans savoir pourquoi ; à chaque engendrement, à chaque naissance, c'est l'horloge de la vie humaine qui se remonte - pour reprendre sa petite ritournelle, déjà répétée une infinité de fois, phrase par phrase, mesure par mesure, avec des variations insignifiantes. "

Ce pessimisme fait beaucoup réfléchir, et je suis parfois près de penser qu'il s'agit avant tout d'une lucidité sans pitié. Bien évidemment, cela n'est pas sans issue dans le système de Schopenhauer, l'Homme peut espérer une faible délivrance par la morale et l'esthétique, j'y reviendrai peut-être plus tard, car c'est assez complexe - il me faudrait rentrer plus au coeur de la pensée du philosophe, et je n'ai pas beaucoup de temps.

Antisthène Ocyrhoé.

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Image : Portrait d'Arthur Schopenhauer.

1 trait(s) d'esprit:

Nebelheim a dit…

Hop, te voilà tagué chez collègue ! ;) Ce commentaire constituera ainsi un contraste avec le contenu de la note.

http://carnets-plume.blogspot.com/2008/02/six-pas-grand-chose-et-autres-petits.html

Champi-Nibel ;)