Le mot de la semaine

« Regardez-y de près, et vous verrez que le mot liberté est un mot vide de sens ; qu'il n'y a point, et qu'il ne peut y avoir d'êtres libres ; nous ne sommes que ce qui convient à l'ordre général, à l'organisation, à l'éducation et à la chaîne des événements. Voilà ce qui dispose de nous invinciblement [...]. Ce qui nous trompe, c'est la prodigieuse variété de nos actions, jointe à l'habitude que nous avons prise tout en naissant de confondre le volontaire avec le libre. »

Diderot
, Lettre à Landois, 29 juin 1756
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Voltaire : Micromégas, histoire philosophique. I


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I - Résumé détaillé.


Dès le titre, Voltaire nous donne le nom de son personnage principal : Micromégas, oxymore formé des termes grecs micron (petit) et mega (grand) ; ce nom annonce l'un des thèmes principaux de cette « histoire philosophique » : le relativisme.

Chapitre I. On apprend de ce personnage qu'il est originaire de la lointaine étoile Sirius, laquelle a « vingt et un millions six cent mille fois plus de circonférence que notre petite terre », qu'il a fait un voyage sur cette dernière, qu'il est jeune, mesure « huit lieues de haut » (soit environ 32.000 mètres) et qu'il manifeste « beaucoup d'esprit ». C'est d'ailleurs cet esprit qui le fera bannir de la cour pour « huit cent années » par le chef religieux de son pays (le « muphti »), qui a vu de l'hérésie dans un ouvrage de Micromégas où ce dernier traitait de la « forme substantielle » des « puces de Sirius » et des « colimaçons » : passage caractéristique de l'ironie anticléricale de Voltaire, qui en profite, au passage, pour égratigner Blaise Pascal. Nullement affecté par cet ostracisme, Micromégas décide de se lancer dans les voyages interstellaires « pour achever de se former l'esprit et le cœur ». Grâce à son immense taille et à ses grandes connaissances en physique, mettant à profit comètes et énergie solaire (déjà !), il se déplace en sautant de planète en planète « comme un oiseau voltige de branche en branche ». Au terme de ses errances, il arrive sur Saturne, s'étonne de la petitesse des habitants de cette planète qui « n'est guère que neuf cent fois plus [grosse] que la terre », comprend qu'en terme d'esprit ils peuvent « n'être pas ridicule[s] », et se lie d'amitié avec le secrétaire de l'Académie de Sature, caricature du savant et philosophe Fontenelle.

Chapitre II. Le narrateur relate une conversation où les deux personnages se questionnent et s'instruisent mutuellement des connaissances et capacités de leur espèce. Voltaire, ici encore, use pleinement du mécanisme de l'exagération : ainsi, le lecteur apprend que les saturniens possèdent 72 sens, vivent quinze mille ans, connaissent trois cents propriétés de la matière, une trentaine de substances et que la lumière de leur Soleil contient sept couleurs ; mais tout cela n'est rien en comparaison des habitants de Sirius, lesquels possèdent mille sens, vivent « sept cents fois plus longtemps », etc., et Micromégas affirme avoir rencontré « des êtres beaucoup plus parfaits » que lui lors de ces voyages. L'enjeu de cette conversation est double : implicitement, Voltaire raille l'anthropocentrisme et invite l'homme à plus de modestie ; dans le même temps, il questionne l'univers et la nature des êtres pensants : malgré leur plus ou moins de sens et de connaissance, les êtres rencontrés par Micromégas ont au moins une chose en commun : tous se plaignent des limites de leur capacité, de la brièveté de leur existence, « nous nous plaignons toujours du peu. Il faut que ce soit une loi universelle de la nature », remarque Micromégas ; Voltaire profite également de la conversation pour faire une profession de foi Déiste, puisqu'il est fait mention du « Créateur » et de l'intelligence de « ses vues », comme en témoigne la perfection de la Nature : « J'admire en tout sa sagesse ; je vois partout des différences, mais aussi partout des proportions. Votre globe est petit, vos habitants le sont aussi ; vous avez peu de sensations ; votre matière a peu de propriétés : tout cela est l'ouvrage de la providence » affirme le sage géant à son compagnon saturnien. Suite à ce dialogue, les deux amis décident d'entreprendre ensemble un « petit voyage philosophique ».

Chapitre III. Le narrateur raconte leur voyage de Saturne à la Terre. Le moment du départ donne lieu à une brève parodie de dispute amoureuse, dans le genre du roman galant, entre le saturnien et son amante, outrée d'apprendre qu'il la quitte « pour aller voyager avec un géant d'un autre monde » mais qui, nous informe le narrateur, se consola rapidement « avec un petit maître du pays ». Évidemment. La querelle et les larmes passées, les voyageurs se mettent en route, s'arrêtent un an sur Jupiter, en tirent un ouvrage « qui serait actuellement sous presse sans messieurs les inquisiteurs », passent un instant sur Mars, puis rejoignent la Terre par une aurore boréale le 5 Juillet 1737. Le narrateur, critique de l'anthropocentrisme oblige, ne manque pas de noter que la Terre « fit pitié à des gens qui venaient de Jupiter ».

Chapitre IV. Les deux compagnons effectuent rapidement le tour de la Terre (en 36 heures), le plus grand Océan ne représentant pour eux qu'« un petit étang ». Ils n'aperçoivent d'abord aucune forme de vie ; le saturnien en déduit que la planète n'est pas peuplée ; le géant critique son manque de rigueur : « vous ne voyez pas avec vos petits yeux des étoiles […] que j'aperçois très distinctement ; concluez-vous de là que ces étoiles n'existent pas ? ». Cette remarque permet à Voltaire une critique du témoignage des sens comme critère de vérité, elle marque aussi le point de départ d'une querelle entre les deux compagnons. Querelle pratique puisqu'elle offre une occasion supplémentaire de dévaloriser notre planète : « ce globe-ci est si mal construit, cela est si irrégulier et d'une forme qui me paraît si ridicule ! » dixit le saturnien ; mais surtout fournit l'événement nécessaire à la suite de l'histoire : dans un mouvement de colère, Micromégas perd plusieurs gros diamants, et, en les ramassant, son camarade saturnien s'aperçoit qu'ils constituent de très bons microscopes pour scruter la surface du globe. Ces outils permettent aux aventuriers de repérer « quelque chose d'imperceptible qui remuait entre deux eaux » ; il s'agit d'une baleine. Cela les encourage à poursuivre leur enquête ; ils repèrent « quelque chose de plus gros » : un navire, celui de l'expédition dirigée par le physicien et philosophe Pierre Louis Maupertuis, qui, en 1736-1737, s'était rendu au Pôle Nord pour y vérifier la validité de certaines hypothèses newtoniennes sur la forme du globe. Le narrateur clos le chapitre en affirmant : « Je vais raconter ingénument comme la chose se passa, sans rien y mettre du mien, ce qui n'est pas un petit effort pour un historien. », remarque qui fait sourire quand on sait combien le Siècle de Louis le Grand, ouvrage historique de Voltaire sur le XVIIe siècle, procède du panégyrique.




Chapitre V. Micromégas manipule délicatement le navire, qu'il prend pour un animal : à bord, les hommes paniquent, puis quittent le bâtiment. Les deux géants ne peuvent pas les voir à cause de leur petite taille, d'où une digression voltairienne sur la petitesse de l'homme et sur la relativité de ses actions : bien que cela puisse avoir une grande importance pour certains, que penserait un être comme Micromégas « de ces batailles qui nous ont valu deux villages qu'il a fallu rendre » ? Au passage, sans sortir de son sujet, Voltaire ironise sur Frédéric II : « Je ne doute pas que si quelque capitaine des grands grenadiers lit jamais cet ouvrage, il ne hausse de deux grands pieds au moins les bonnets de sa troupe ; mais je l'avertis qu'il aura beau faire, et que lui et les siens ne seront jamais que des infiniment petits ». Les navigateurs enfoncent finalement un « bâton ferré » dans l'index de Micromégas : cela le chatouille et lui permet de découvrir l'existence des hommes. Cette découverte est source de grande joie pour les deux compagnons, et le chapitre se termine par une nouvelle pique d'ironie du narrateur contre le saturnien-Fontenelle, qui, toujours trop prompt à juger, passe « d'un excès de défiance à un excès de crédulité ».

Chapitre VI. Les voyageurs observent les hommes : comme ils ne peuvent pas les entendre parler, le saturnien déduit, trop hâtivement une fois encore, que les hommes ne possèdent pas l'usage de la parole ; Micromégas lui soutient le contraire ; le Saturnien comprend enfin la leçon : « Je n'ose plus ni croire ni nier […] ; je n'ai plus d'opinion. Il faut tâcher d'examiner ces insectes, nous raisonnerons après ». Micromégas fabrique un appareil pour écouter les hommes : ils parlent ! Très rapidement, les deux voyageurs acquièrent la compréhension puis la maitrise du français. Ils sont fascinés que « des mites [parlent] d'assez bon sens » : ils souhaitent entrer en contact. Micromégas fabrique un autre outil pour atténuer sa voix, car il craint « que sa voix de tonnerre […] n'assourdît les mites sans en être entendue », puis s'adresse aux hommes, étonnés et incapables de « deviner d'où [ces paroles] partaient ». Le nain (le Saturnien, appelé ainsi à cause de la différence de taille entre lui et son compagnon) leur explique qui ils sont et d'où ils viennent, puis leur pose pèle-mêle toute sorte de questions sur leur condition, leur âme, les baleines... L'un des hommes, physicien et géomètre, parvient à mesurer le nain... puis Micromégas, ce qui émerveille ces derniers. Voltaire en profite pour glisser, dans la bouche du géant, une tirade qui sent son Déisme : « Ô Dieu, qui avez donné une intelligence à des substances qui paraissent si méprisables, l'infiniment petit vous coûte aussi peu que l'infiniment grand ».

Chapitre VII. Micromégas croit les hommes parfaitement heureux puisqu'ils manifestent beaucoup d'esprit et sont constitués de peu de matière. Les philosophes démentent, l'un d'eux prend la parole et argumente en évoquant les guerres et massacres perpétrés par les hommes depuis des temps immémoriaux jusqu'au moment présent ; Micromégas lui en demande la cause ; « Il ne s'agit que de savoir si [quelque tas de boue grands comme votre talon] appartiendra à un certain homme qu'on nomme Sultan ou à un autre qu'on nomme […] César. Ni l'un ni l'autre n'a jamais vu ni ne verra jamais le petit coin de terre dont il s'agit, et presque aucun de ces animaux qui s'égorgent mutuellement n'a jamais vu l'animal pour lequel ils s'égorgent. » Micromégas désabusé et indigné, le philosophe persiste et signe sur « ces barbares sédentaires qui [...] ordonnent [...] le massacre d'un million d'hommes, et qui ensuite en font remercier Dieu solennellement. ». Le voyageur interstellaire s'intéresse alors plus spécifiquement aux philosophes, qui semblent être « du petit nombre des sages » : il leur pose des questions d'astronomie et de physique ; lui et le nain s'étonnent de la pertinence de leurs réponses ; il les questionne sur des points de métaphysique ; « les philosophes parlèrent tous à la fois […] mais furent de différents avis » : et Voltaire d'ironiser sur les aristotéliciens, cartésiens, malebranchistes et leibnitziens, résumant leurs doctrines complexes en formules incohérentes et grotesques ; vient ensuite le partisan de Locke, penseur dont Voltaire apprécie les idées : son représentant affirme savoir qu'il n'a « jamais pensé qu'à l'occasion de [ses] cinq sens », que la pensée peut être un attribut de la matière, et conclut qu'il « n'affirme rien » mais « [se] contente de croire qu'il y a plus de choses possibles qu'on ne pense » ; évidemment, c'est celui-là qui paraît le plus sage aux géants. À ce moment-là, un théologien s'empare de la parole, prétend détenir la vérité, affirme que tout l'Univers a été créé par Dieu pour l'Homme et, pour prouver tout cela, invoque l'autorité de la Somme de Thomas d'Aquin. Éclats de rire des géants. Ils se reprennent, et Micromégas, bien que « fâché dans le fond du cœur de voir que les infiniment petits eussent un orgueil presque infiniment grand », promet aux hommes un livre de philosophie « écrit fort menu » dans lequel « ils verraient le bout des choses ». Il leur donne le livre puis part. En l'ouvrant, on « ne vit rien qu'un livre tout blanc », signe de l'impossibilité de toute connaissance absolue : « Ah ! Je m'en étais bien douté. », s'écrie le secrétaire de l'Académie des sciences.

Antisthène Ocyrhoé.

3 trait(s) d'esprit:

Nibelheim a dit…

Puisqu'il y a un (I), je suppose qu'il y aura bientôt une deuxième partie à propos de ce livre ... Je serais curieuse de voir ce que tu y écriras !
Sur ce, je vais me sustenter d'azur !

Acrobatiquement,

*Nibel, impressionnée par l'horaire de publication*

Unknown a dit…

Pourquoi y a-t-il 19 chapitre dans mon livre?

Anonyme a dit…

J'aimerais savoir, à quel animal l'homme est il comparé dans ce livre ?